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De véritables blessures de guerre, 13 Novembre 2015

mardi 15 juillet 2014, par Ficot

Le Pr Sylvain Rigal, chef du service d’orthopédie-traumatologie de l’hôpital militaire Percy à Clamart, est le plus grand spécialiste des blessures de guerre en France.

« Nous avons reçu dans la nuit de vendredi à samedi 16 ou 17 blessés. Des urgences vitales. C’est normal, Percy fait partie des
« trauma-centers » d’Ile-de-France, avec les hôpitaux civils de la
Pitié-Salpétrière, du Kremlin-Bicêtre, et Georges-Pompidou. Tous ces patients ont été opérés. L’un d’entre eux est décédé dans la nuit même.

Les patients que nous avons eu à traiter souffraient de blessures qui
équivalaient exactement à des blessures de guerre. C’est-à-dire des
polyblessés, aux membres, au thorax, à l’abdomen, au crâne… Les fusils à répétition employés par les terroristes ressemblent aux armes de guerre, les explosifs artisanaux employés par les terroristes équivalent à des explosifs de guerre. Ces armes entraînent les mêmes blessures que les armes de guerre.

Des garrots sur des blessés à Paris

Il y a dans ces situations des blessés qui meurent immédiatement,
quoi que l’on fasse. Pour d’autres, la mort est évitable en prenant des mesures immédiates. 25 % des blessés de guerre très graves peuvent être sauvés : dans 90 % des cas, ils peuvent mourir d’hémorragie, par conséquent, arrêter les saignements en posant un garrot dans les premières minutes les sauve. C’est radical. À la guerre, les camarades de combat sont formés à cela et sont équipés de matériel spécifique. À Paris vendredi, des civils ont posé des garrots sur des blessés, mais tout le monde ne peut pas savoir le faire. Les Samu, les pompiers sont eux extrêmement bien formés. Ils échangent constamment avec nous. Et ils s’entraînent en permanence : la semaine dernière il y a eu des
simulations vis-à-vis d’attentats multi-sites.

10% seulement de ces blessés très graves sont menacés d’asphyxie par un traumatisme de la face, ou une hémorragie pulmonaire par exemple, desgestes de secours plus complexes doivent être mis en œuvre pour leur permettre de continuer à vivre, qui sont du ressort exclusivement du Samu, des pompiers.

Pas eu de saturation dans les hôpitaux parisiens

Aucun des blessés que nous avons reçus n’était démembré. Ils
souffraient de blessures horribles, mais pas plus que des victimes
d’accidents agricoles par exemple. Ce qui choque parfois mes confrères civils, c’est l’accumulation de blessures sur la même personne, ou l’afflux d’un grand nombre de blessés de ce type en même temps. Là, ce qui est sûr, malgré les dizaines et dizaines de blessés accueillis, c’est qu’il n’y a pas eu de saturation dans les hôpitaux parisiens. Les sauveteurs ont souvent appliqué la doctrine du « damage control ». Sur les lieux des fusillades, ils ont posé des garrots, mis des pansements, administré des médicaments qui limitent au maximum les hémorragies. À l’hôpital, les chirurgiens, devant un polytraumatisé grave, ont fait des gestes opératoires partiels, qui assurent la survie de la victime. Puis la victime est confiée un, deux ou trois jours à la réanimation, ensuite l’opération est reprise pour faire le geste définitif. À Percy, c’est ce qu’on a fait. Pendant plusieurs jours, nos blessés vont donc repasser au bloc.

Le propre des blessures de guerre n’est pas leur horreur. Bien sûr
que c’est horrible. Mais ce sont plus spécifiquement des lésions graves mettant en jeu la vie des victimes principalement par hémorragie, elles posent la question de la vitalité du membre atteint et donc de son éventuelle mutilation, et au-delà elles mettent en cause la fonction ultérieure du ou des membres dans la vie quotidienne, dans les loisirs, au travail. Réinterventions, rééducation peuvent se succéder pendant
très longtemps.

Sur les 16 ou 17 blessés que nous avons accueillis, aucun n’a été amputé.

Le point, publié le 15/11/2015

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